Le constatce que disent les chiffres et ce qu'ils ne disent pas
L'industrie spatiale africaine pèse, en 2025, vingt-quatre milliards neuf cent cinquante millions de dollars. Elle progresse à un rythme annuel composé de huit pour cent. Elle franchira, si la trajectoire se maintient, la barre des trente-neuf milliards en 2030. Quinze pays africains ont déjà investi plus de quatre milliards et demi de dollars dans la construction et le développement de leurs satellites. Soixante-cinq satellites ont été lancés depuis 1998. Plus de vingt et un États du continent disposent désormais d'un programme spatial formel.
Ces chiffres sont vrais. Ils sont cités dans tous les rapports. Ils impressionnent. Ils rassurent les investisseurs et flattent les responsables politiques. Ils racontent une histoire de croissance, d'élan, de continent qui s'éveille. Et c'est exactement pour cela qu'il faut s'en méfier.
Car ces chiffres mesurent un agrégat, la valeur d'une industrie, le volume d'un marché, le nombre d'objets en orbite. Ils ne mesurent jamais ce qui m'importe : combien d'agriculteurs ivoiriens ont reçu, l'an dernier, une alerte météo issue d'une donnée satellitaire avant qu'une averse ne ravage leur parcelle ? Combien de mairies de l'intérieur du pays disposent d'une cartographie à jour de leurs infrastructures routières ? Combien de pêcheurs du Golfe de Guinée ont été prévenus, par SMS, qu'une dépression se formait au large ? Combien d'enfants des communes inondables d'Abidjan ont été évacués grâce à un système d'alerte précoce nourri par l'observation de la Terre ?
Je n'ai pas la réponse à ces questions. Personne, à ma connaissance, ne la mesure systématiquement à l'échelle du continent. Et tant que personne ne la mesure, tant que ce ratio entre valeur économique de l'industrie et utilité concrète vérifiée pour les populations ne devient pas la métrique principale du secteur, le risque est réel : celui de construire une économie spatiale africaine qui sera africaine par sa géographie de production, mais étrangère à la vie quotidienne des Africains.
Vingt-cinq milliards de dollars, c'est le poids de l'industrie. Ce n'est pas la mesure de son utilité.
Ce manifeste part de cette tension. Il n'attaque pas l'industrie. Il propose simplement de redéfinir ce que veut dire « réussir » dans le spatial africain, de déplacer le centre de gravité depuis ce qui décolle vers ce qui change.
Première convictionle primat de l'usage sur l'objet
Un satellite n'est pas une fin. C'est une infrastructure d'observation, au même titre qu'un poste météorologique au sol, qu'une station hydrométrique, qu'une caméra de surveillance d'un parc national. Sa valeur ne se mesure ni à son altitude orbitale, ni à son coût, ni au prestige du lanceur qui l'a placé. Elle se mesure à la qualité, à la fréquence et à la pertinence des décisions qu'il rend possibles, à terre, pour ceux qui en ont besoin.
Lorsqu'en juin 2024, Abidjan a connu des pluies torrentielles qui ont coûté la vie à plus d'une vingtaine de personnes, des données satellitaires existaient. Les Meteosat européens fournissent une couverture continue et permanente du continent. Les services météorologiques ivoiriens, dirigés par M. Daouda Konaté (devenu Premier Vice-Président de l'Organisation Météorologique Mondiale) ont effectivement émis une alerte orange, sauvant probablement de nombreuses vies. Mais le bilan, quoique diminué, reste inacceptable. La donnée existait. La compétence existait. Ce qui a manqué, en partie, c'est la chaîne de transmission entre la donnée orbitale et la cellule de protection civile du quartier le plus exposé. Cette chaîne, c'est le cœur du métier qui doit naître.
Je revendique l'idée, qui n'est pas la plus glorieuse mais qui est la plus utile, que le métier d'avenir du spatial africain n'est pas celui de constructeur de satellites. C'est celui de bâtisseur de chaînes de valeur descendantes. Celui qui transforme une donnée brute Sentinel ou Landsat en alerte SMS reçue, en mètre carré de toit qu'on bâche avant l'orage, en sac de semences qu'on protège, en heure de classe qui n'est pas perdue parce qu'un enseignant a pu être prévenu de l'inondation à temps. Le métier de la dernière dizaine de mètres entre l'orbite et le terrain.
Ce métier-là est sous-évalué par les classements, sous-financé par les bailleurs, sous-représenté dans les conférences. Il est pourtant le seul qui justifie, démocratiquement, un investissement public massif dans le spatial sur un continent où d'autres priorités sociales restent vives. Tant que le citoyen africain ne voit pas, dans sa propre vie, le retour concret d'un dollar dépensé en orbite, l'investissement spatial restera politiquement fragile, économiquement contestable, socialement contestable.
Le métier d'avenir du spatial africain n'est pas celui de constructeur de satellites. C'est celui de bâtisseur de chaînes de valeur descendantes.
Deuxième convictionla souveraineté technologique se construit par le bas
Le mot souveraineté est devenu, dans les discours spatiaux africains des cinq dernières années, un mantra. On le retrouve dans les discours du Dr Tidiane Ouattara, président du Conseil de l'Agence Spatiale Africaine, dans les feuilles de route nationales, dans les communiqués post-conférences. Il désigne, dans son acception courante, la capacité d'un pays ou d'un continent à concevoir, fabriquer et opérer ses propres satellites sans dépendance externe. C'est une définition légitime. Elle est, à mes yeux, profondément incomplète.
La souveraineté technologique réelle n'est pas la possession matérielle des objets. Elle est la maîtrise des chaînes de décision qu'ils alimentent. Un pays qui possède son satellite mais dont les services dépendent intégralement d'un opérateur étranger pour traiter, héberger, sécuriser et distribuer ses données n'est pas souverain : il a simplement remplacé une dépendance par une autre, plus subtile et plus durable. Un pays qui ne possède pas de satellite mais qui dispose d'une administration formée à exploiter les données ouvertes mondiales (Sentinel, Landsat, MODIS), d'un tissu de PME locales capables d'en tirer des produits utiles, d'une régulation claire sur la souveraineté des données traitées sur son territoire, est, en pratique, plus souverain que le premier.
Cette inversion du regard a des conséquences pratiques que je veux énoncer clairement, et qui ne plairont peut-être pas à tout le monde.
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Première conséquence. Tout dollar investi dans la fabrication d'un satellite africain sans investissement parallèle, équivalent ou supérieur, dans la formation d'opérateurs descendants, est un dollar dont le rendement social est suspect. Un satellite sans aval est un objet de prestige.
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Deuxième conséquence. Les programmes de formation continentaux (CRASTE-LF en zone francophone, RCSSTEAP en partenariat asiatique, et les programmes nationaux émergents) doivent élargir leur curriculum au-delà de l'ingénierie satellitaire pure pour intégrer massivement la science des données géospatiales, l'ingénierie logicielle des systèmes de décision, la conception de produits utilisateurs.
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Troisième conséquence. Les agences spatiales africaines doivent publier, à intervalle régulier, non pas des bilans de lancements mais des bilans d'usages. Combien de tonnes de récolte sauvées grâce aux alertes météorologiques satellitaires ? Combien d'hectares de forêt protégés par la détection précoce de coupe ? Combien de vies préservées par les systèmes d'alerte précoce inondation ? Sans cette comptabilité, il n'y a pas de pilotage public.
Tant que ces trois conséquences ne sont pas tirées, le mot souveraineté reste un drapeau. Une fois qu'elles le sont, il devient une politique.
Troisième convictionla génération qui manque
L'écosystème spatial africain dispose, aujourd'hui, de deux populations bien identifiées et globalement satisfaisantes en nombre : les décideurs institutionnels (présidents d'agences, hauts fonctionnaires, diplomates) et les ingénieurs satellitaires de haut niveau, formés dans les grandes écoles continentales et internationales, parfois rentrés au pays après des doctorats à l'étranger. Entre les deux, il manque une couche entière. Cette couche, c'est celle des opérateurs.
J'appelle opérateurs cette population de techniciens, ingénieurs juniors, développeurs, analystes de données, spécialistes SIG, designers de produits, formateurs, dont le métier quotidien consiste à transformer la commande politique et la donnée scientifique en service utile. Cette population ne fait pas la une des conférences. Elle ne signe pas les traités internationaux. Elle ne pose pas avec les présidents. Mais sans elle, rien ne se déploie. Or, à l'échelle du continent, elle est notoirement insuffisante en nombre, et insuffisamment outillée méthodologiquement quand elle existe.
Le déficit est particulièrement criant en Afrique francophone. Là où les écosystèmes anglophones (Afrique du Sud, Kenya, Nigeria, Égypte) ont commencé à structurer une génération opérationnelle dans les années 2010 grâce à des partenariats universitaires denses, à des startups locales capitalisées, à des agences nationales mieux dotées, l'espace francophone (Côte d'Ivoire, Sénégal, Cameroun, Bénin, Gabon, et au-delà la sous-région ouest et centre africaine) accuse un retard de cinq à dix ans. Les structures existent (AGEOS au Gabon, CRASTE-LF au Maroc, l'Agence Spatiale Ivoirienne en cours de structuration, l'écosystème universitaire UVCI / INPHB / ESATIC en Côte d'Ivoire) mais le tissu intermédiaire des opérateurs reste à construire.
Je ne crois pas que ce retard puisse être comblé par décret. Je crois qu'il se comblera par l'action accumulée, dans les cinq à dix années qui viennent, d'une cohorte d'opérateurs francophones qui auront pris le pari de rester sur le continent, de livrer des projets, de documenter ce qu'ils font, de former leurs successeurs, et de structurer collectivement leur profession. Je veux faire partie de cette cohorte. Je veux y contribuer concrètement.
Entre les décideurs et les ingénieurs satellites, il manque une couche entière : celle des opérateurs. C'est elle qui fera, ou qui ne fera pas, le spatial africain de la décennie.
Quatrième convictionles priorités africaines sont quotidiennes, pas spectaculaires
L'imaginaire spatial mondial est colonisé par cinq récits dominants : la course à la Lune, la conquête de Mars, le tourisme orbital, les méga-constellations de connectivité, et la défense spatiale. Ces récits sont puissants, ils sont médiatiquement attractifs, ils mobilisent des budgets considérables. Ils sont, pour l'Afrique, une distraction stratégique.
Les priorités spatiales africaines, telles qu'elles ressortent à la fois des feuilles de route officielles (Agenda 2063 de l'Union Africaine, Africa EO Roadmap, programme GMES & Africa) et de l'observation lucide des réalités de terrain, sont d'un autre ordre. Elles sont quotidiennes. Elles sont rarement spectaculaires. Elles sont fondamentales.
Je les hiérarchise comme suit, en prenant la responsabilité de cette hiérarchie.
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L'agriculture intelligente face au climat. L'agriculture représente, sur le continent, la principale activité économique de centaines de millions de personnes. Les changements climatiques en cours bouleversent les calendriers culturaux, déplacent les zones de pluviométrie, exacerbent les sécheresses et les inondations. Les données satellitaires d'observation de la Terre sont l'outil le plus puissant et le moins coûteux pour aider les exploitants à s'adapter. Tout investissement dans l'agriculture climato-intelligente africaine satellite-assistée est, à mes yeux, prioritaire absolu.
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L'alerte précoce face aux risques naturels. Inondations urbaines, glissements de terrain, cyclones, érosion côtière, feux de brousse. L'objectif onusien « Early Warnings for All » à horizon 2027 est un cadre de référence à exploiter pleinement. Pour la Côte d'Ivoire, dont l'économie d'Abidjan est exposée aux pluies torrentielles, l'enjeu est immédiat. Pour les pays sahéliens, l'érosion des sols et la dégradation des nappes sont mesurables par satellite. Pour les pays côtiers ouest-africains, l'érosion littorale menace des centaines de villages.
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La gouvernance des ressources naturelles. L'orpaillage clandestin coûte aux États africains des milliards en revenus fiscaux et détruit des écosystèmes entiers. La pêche illégale dans les eaux territoriales ouest-africaines représente, selon les estimations onusiennes, plus de deux milliards de dollars de pertes annuelles. La déforestation, particulièrement dans le bassin du Congo et en Côte d'Ivoire, accélère. L'imagerie satellitaire est, dans tous ces cas, l'outil de surveillance le plus efficace.
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L'aménagement urbain et les infrastructures. L'Afrique est le continent qui s'urbanise le plus vite au monde. Les villes de la décennie 2030 (Abidjan, Lagos, Kinshasa, Nairobi, Le Caire) sont en train de se construire dans des conditions qui exigent une planification spatiale rigoureuse. L'imagerie satellitaire permet de cartographier le bâti informel, de planifier les réseaux, d'identifier les zones non desservies. C'est un outil de justice urbaine.
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La connectivité des zones rurales. Les constellations basse-orbite (Starlink, OneWeb, et progressivement les acteurs continentaux) peuvent couvrir, à coût raisonnable, des territoires que la fibre n'atteindra jamais économiquement. L'enjeu n'est plus technique, il est régulatoire et de modèle économique.
Cette hiérarchie est sans doute discutable. Elle est en tout cas la mienne. Et je m'engage à orienter mon travail technique, mes choix de projets, mes prises de parole, en cohérence avec elle.
Cinquième convictionla rigueur méthodologique est un acte politique
Il existe, dans une partie de l'écosystème innovant africain, un imaginaire de la débrouille. On vante la créativité, l'agilité, la capacité à improviser avec peu de moyens. C'est une qualité réelle. C'est aussi, parfois, l'antichambre de l'amateurisme, et cet amateurisme coûte cher.
Un projet d'innovation spatiale livré sans spécifications fonctionnelles écrites n'est pas un projet de plus, c'est un projet qui ne pourra pas être repris, audité, étendu par quelqu'un d'autre. Un système d'alerte précoce déployé sans plan qualité n'est pas un service public, c'est une démonstration. Une plateforme de données qui ne documente pas son architecture n'est pas une infrastructure, c'est un actif fragile dont la disparition de son auteur signe la fin.
Je revendique, à la suite de mon expérience d'analyste-concepteur chez Adinrin Intelligence Systems et de mes années de stage à la Trésorerie Générale de Divo et au FabLab UVCI, une discipline méthodologique qui paraît austère et qui est, en réalité, profondément libératrice. Spécifications fonctionnelles détaillées (SFD). Spécifications fonctionnelles techniques (SFT). Plan qualité projet (PQP). Plan qualité management (PQM). Diagrammes UML. Modèles BPMN. Cas d'utilisation. Architecture de bases de données documentée. Tests reproductibles. Versionnage. Documentation publique.
Cette rigueur n'est pas un héritage colonial dont il faudrait se libérer. Elle n'est pas une contrainte bureaucratique à contourner. Elle est l'exact contraire : c'est l'instrument par lequel un projet africain devient transmissible, donc durable, donc souverain. Un livrable rigoureusement documenté est un livrable qui n'appartient plus à son seul concepteur, il appartient à la communauté professionnelle qui peut s'en saisir, l'améliorer, le contester, l'étendre. C'est ainsi que se construit, dans la durée, un patrimoine technique national.
La rigueur méthodologique n'est pas un héritage colonial. C'est l'instrument par lequel un projet africain devient transmissible, donc durable, donc souverain.
Je m'engage personnellement à ce que chacun des projets que je livrerai dans ma carrière, qu'il soit pour un client privé, pour un partenaire institutionnel ou pour mon propre compte, soit accompagné d'une documentation technique d'un niveau au moins équivalent à celui qu'exigent les agences continentales les plus structurées. Non par formalisme. Par conviction politique.
Sixième convictionla coopération internationale, lucidement
Aucun écosystème spatial mondial ne s'est construit dans l'autarcie. La NASA elle-même est née d'une absorption massive de compétences européennes après-guerre. L'ESA est une coopération multilatérale par construction. La Chine spatiale a bâti son programme sur des décennies de transferts, négociés ou clandestins. L'Inde a fait ses premiers pas avec le soutien soviétique. Penser que l'Afrique pourrait faire l'économie de partenariats internationaux denses serait une faute stratégique.
Mais tous les partenariats ne se valent pas, et la lucidité s'impose.
Je distingue trois types de coopération que je considère comme structurellement positives. La coopération sud-sud entre puissances spatiales émergentes (Inde, Brésil, Afrique du Sud, et de plus en plus la Chine) qui se fait à conditions économiques compatibles avec les budgets africains et qui transfère effectivement des compétences. La coopération européenne portée par les programmes Copernicus, GMES & Africa, EUMETSAT, qui ouvre l'accès aux données et finance la formation, à condition que la partie africaine arrive à la table avec des projets définis et une capacité d'absorption réelle. La coopération universitaire et scientifique, plus diffuse mais cumulativement décisive.
Je me méfie en revanche, et j'invite les responsables institutionnels et les jeunes innovateurs à se méfier collectivement, des partenariats qui présentent l'un des trois traits suivants : asymétrie marquée dans la propriété des données traitées (les données collectées sur sol africain doivent rester juridiquement africaines, point) ; verrouillage technologique propriétaire qui rend l'acteur africain dépendant d'une licence externe pour tout fonctionnement futur ; absence de clause de transfert de compétences mesurable et auditée.
Je dis cela en assumant pleinement, et en valorisant publiquement, les coopérations dont j'ai bénéficié à titre personnel : la formation co-organisée par CRASTE-LF (Maroc) et RCSSTEAP-China en partenariat avec Beihang University (Pékin) qui m'a certifié en technologies CubeSat ; les invitations de l'Agence Spatiale Africaine et de l'AGEOS aux forums GMES Le Caire et NewSpace Africa Conference Libreville. Ces coopérations ont fonctionné parce qu'elles satisfaisaient les trois critères que je viens d'énoncer. Elles m'ont enrichi sans m'aliéner. Je veux que cela reste la norme.
Horizon 2026-2046vingt ans pour faire école
Je veux, pour terminer ce manifeste, projeter un horizon. Je l'établis à vingt ans, la durée d'une génération professionnelle, le temps qu'il faut pour qu'une cohorte qui entre aujourd'hui à 22 ans atteigne la maturité de direction à 42 ans. Cet horizon n'est pas un programme politique. C'est un cadre personnel d'engagement.
À horizon 2030, dans quatre ans, je veux qu'il existe en Côte d'Ivoire au moins une dizaine de services publics ou privés qui exploitent quotidiennement, de manière documentée et auditable, des données satellitaires pour produire un service mesurable au citoyen. Je veux que l'Agence Spatiale Africaine publie son premier rapport annuel d'usages, distinct du rapport annuel d'industrie. Je veux que la Fondation Eburnie Space, dont je suis membre, ait fait d'ASPEX 2026 un point de bascule continental, pas un sommet de plus, un sommet qui aura accouché d'engagements opérationnels chiffrés.
À horizon 2036, dans dix ans, je veux qu'une génération francophone d'opérateurs spatiaux soit identifiable, en réseau, structurée. Je veux qu'au moins cinquante projets africains de transformation de données satellitaires en services aient été menés à terme, documentés publiquement, transférés à leurs administrations utilisatrices. Je veux que la place de l'Afrique dans les conférences mondiales se mesure non plus au nombre de délégués mais au nombre de cas d'usage réussis présentés.
À horizon 2046, dans vingt ans, je veux que la question même de la souveraineté spatiale africaine ait changé de nature, parce que la souveraineté sera devenue une réalité fonctionnelle plutôt qu'un objectif politique. Je veux que les habitants des grandes villes africaines reçoivent, comme une banalité, des alertes intégrées issues de constellations africaines opérées par des opérateurs africains avec des modèles d'IA développés sur le continent. Je veux que les universités africaines forment chaque année des cohortes d'opérateurs dont la moitié reste, et que cette moitié-là soit la plus brillante. Je veux qu'un enfant à Divo, ou à Bamako, ou à Goma, n'ait plus besoin de chercher dans une poubelle un objet à réparer pour découvrir l'envie de bâtir, parce que les outils de la création seront enfin devenus, à son école, accessibles.
Vingt ans pour faire école. Pour que la souveraineté spatiale africaine devienne une réalité fonctionnelle plutôt qu'un slogan politique.
Engagement personnelsix promesses tenables
Une vision sans engagement personnel n'est qu'un commentaire. Voici, en clôture, les six promesses que je prends devant ceux qui liront ce texte.
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Je ne livrerai aucun projet sans documentation technique complète. SFD, SFT, architecture, plan qualité, code commenté. Sans exception, et indépendamment du budget du projet.
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Je ne signerai aucun partenariat international qui ne respecte pas les trois critères énoncés en section VII. Souveraineté des données africaines, absence de verrouillage propriétaire, transfert de compétences mesurable.
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Je consacrerai au moins un quart de mon temps professionnel à la transmission. Encadrement d'étudiants au FabLab UVCI, mentorat de jeunes développeurs, contribution à la formation francophone des opérateurs spatiaux.
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Je publierai, chaque année, sur cette page même, un bilan public de l'année écoulée. Projets livrés, partenariats noués, formations dispensées, et, le plus important, engagements de cette page non tenus, avec leurs raisons.
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Je refuserai les postures. Pas de surinvestissement médiatique au détriment du livrable. Pas de discours sans projet sous-jacent. Pas de présence aux conférences que je ne pourrais pas justifier par un travail concret.
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Je resterai, autant que je le pourrai, l'enfant réservé de Divo. Celui qui ramassait une voiture jouet calcinée dans une poubelle à seize ans et la remettait en état avec des boîtes de conserve aplaties. C'est de cette discipline-là que tout est venu. C'est elle qui doit rester.
« Le travail est sacré. On peut travailler peu de temps, mais pendant ce temps, on donne tout. »